15 Jan 2012

“Comme si” comme ça

Publié à 14h25 par et sous Représentations et modèles

Où l’on s’interroge sur la capacité des sciences à faire éclore la vérité. Est-ce leur rôle ? Sont-elles censées traiter du “vrai” ? Ou servent-elles plutôt à produire des outils pour comprendre le monde et maîtriser notre environnement ? D’ailleurs, que se passerait-il “si j’avais un marteau” ?

“La science cherche-t-elle à établir la vérité ?”

En vous appuyant sur les œuvres au programme cette année (Y a-t-il encore un pilote dans l’avion ?, l’intégrale des Martine et la saison 3 de L’Amour est dans le pré), vous essaierez de répondre à la question posée, en montrant d’abord que oui, puis que non, avant de conclure que, finalement, hé bien peut-être.

Digne des plus classiques épreuves de philosophie de bac S, la question ci-dessus offre une énième variation sur le thème de la vérité dans le domaine scientifique, notion délicate s’il en est, et dont l’expérience prouve qu’elle peut être aussi mal appréhendée par ceux qui dédaignent les sciences que par ceux qui les valorisent.

L'Education nationale a bon dos

1. Toute la vérité, rien que la vérité

Dans un devoir de lycée, il serait attendu des élèves qu’ils :

  1. définissent chacun des termes de la question posée
  2. reformulent l’interrogation pour dégager une/la problématique principale

Notons qu’il y a en effet débat entre professeurs quant à l’idée d’unicité de la problématisation : à partir d’un même énoncé, est-il possible de tirer plusieurs sujets de questionnement, ou les enseignants s’attendent-ils à ce que tous les élèves aboutissent à la seule et unique question vers laquelle pointe l’interrogation ?

(Si la théorie de l’interprétation unique doit être privilégiée, les étudiants seront alors en droit de se demander pourquoi la question en question (justement) n’a pas directement été formulée correctement. Pourquoi ne pas avoir eu recours à un langage précis, simple et clair, d’une limpidité qui écarte à l’avance toute ambiguïté ? L’exercice de reformulation participe en lui-même d’un apprentissage tout à fait édifiant, tant il est vrai que la clarification d’énoncés produits par d’autres est une compétence utile à la vie de tous les jours, ne serait-ce que pour remplir tout seul déclarations d’impôt et autres demandes d’allocations chômage.)

Comportons-nous en bons élèves (oui, même toi, Loki). Pour la clarté de l’exposé, voici quelques brèves définitions, simplistes et temporaires, qui n’engagent que nous :

  • science : au sens large, démarche et/ou ensemble d’outils pour tenter d’appréhender le fonctionnement du monde et nous donner des moyens d’agir sur notre environnement à notre profit, en contrôlant le niveau de ressources utilisé et les effets produits
  • modèle : sur ce blog, nous avons tendance à utiliser le terme pour désigner trois choses différentes ; i) un système construit qui sous-tend une théorie, une représentation du monde (par exemple la description de l’atome comme un petit soleil-noyau entouré de planètes-électrons), ii) une grille de lecture (voir l’exemple du modèle DIABOL introduit lors de notre étude sur les personnalités multiples) et iii) une idée supérieure (qui lorgne du côté des Idées de Platon), un cadre archétypal dont découlent diverses formes apparaissant dans le monde physique, comme une image particulièrement fertile, une métaphore qui concentre l’essentiel de la nature des choses (ainsi en est-il par exemple de l’Arbre, de la Pyramide et du Cercle, si fréquents dans la modélisation de phénomènes). Mais nous parlerons de cela un jour prochain…

Ceux qui fonceront tête baissée dans la rédaction d’une réponse argumentée au sujet mobiliseront utilement leurs cours d’épistémologie en invoquant la notion de vérité scientifique. Ainsi seront-il sans doute amenés à comparer les différents types de vérité que proposent :

  • les faits expérimentaux (résultats bruts d’expérience)
  • les constructions logiques (raisonnements rationnels)
  • les théories et modèles (interprétations et explications)

Il deviendra donc évident que le débat porte avant tout sur ce dernier point : la capacité des sciences à produire des théories explicatives et des modèles d’interprétation considérés comme “vrais”. C’est bien l’enjeu de la discussion, la réponse au grand E de notre modèle ESKI. Comment, vous ne vous rappelez pas du modèle ESKI, présenté dans un article précédent ? Nous l’avons précisément établi pour nous pousser à sonder notre entendement, avant de nous décider à répondre à n’importe quelle interrogation : la question posée mérite-t-elle d’être posée ?

Le modèle ESKI (y a plus de saison)

Appliquons ici notre grille de lecture, en adaptant l’ordre des analyses :

  • Enjeu : comme nous venons de le détailler, nous nous intéressons à la façon dont les théories scientifiques peuvent expliquer des phénomènes passés ou présents et prédire l’occurrence de phénomènes futurs
  • Intérêt : par-delà les dissertations que vous aurez le loisir de rédiger sur le sujet, la question se loge au cœur de nombre de controverses et de polémiques, à commencer par la querelle immémoriale entre science et religion ; apprendre à y répondre vous fournira des éléments pour arbitrer les débats entre tenants des vérités révélées d’un côté et chercheurs en lois naturelles de l’autre
  • Kapacité : oh, pas d’inquiétude, il n’y a pas de piège ; c’est un sujet de lycée, et même sans goût particulier pour les études, vous êtes suffisamment éduqué pour cogiter par vous-même sur l’énoncé et apporter une réponse articulée et argumentée
  • Sens : nous en revenons donc à la première étape du travail attendu des élèves, la définition précise des termes employés… et des présupposés que leur emploi recouvre

En filigrane de la question sur les types de vérité auxquels les sciences nous donnent accès, nous percevons en effet une ou plusieurs des préconceptions suivantes :

  1. Il existe une vérité absolue
  2. Connaître la vérité est digne d’intérêt / utile / indispensable
  3. La science sert à (voire doit) établir la vérité
  4. La science prétend chercher la vérité

Chacun de ces a priori peut donner lieu à autant de questions :

  1. La vérité absolue existe-t-elle ?
  2. Est-il pertinent de tenter d’appréhender la vérité ?
  3. La science propose-t-elle des moyens appropriés d’atteindre la vérité ?
  4. La science se fixe-t-elle un objectif de vérité ?

Rassurez-vous, nous n’allons pas nous embarquer ici dans un devoir de philosophie. Une seule des questions précédentes attire notre attention pour cet article, la deuxième : qu’avons-nous à gagner de connaître la vérité ?

Dans le domaine scientifique, s’entend (nous retomberons bien assez tôt dans les théories du complot et ces histoires de meurtre sans cadavre…).

On a tous un squelette dans le placard. Ou, parfois, sous le tapis

2. A-t-on besoin de vérité ?

Défendons ici une position (plus ou moins) originale. Pour ne pas encombrer notre esprit de croyances limitantes, nous prétendons qu’au lieu de parler de “vrai” et de “faux”, la science manipule en réalité deux concepts :

  • le “comme si” / “pas comme si”
  • le “please bear with me a minute” (PBWMAM)

a) (Pas) comme si : c’est comme si c’était vrai

Lorsqu’un chercheur formule une théorie, ou développe un modèle, il exprime l’idée que le phénomène ou la situation qu’il entend expliquer fonctionne, dans un certain cadre, “comme” il le décrit. Une fois la théorie ou le modèle validés par l’expérience, leur auteur peut affirmer avec fierté que les choses se déroulent tout comme il dit, dans la limite de certaines conditions qu’il lui importe de préciser. En toute rigueur, la description proposée doit effectivement être assortie d’un ensemble de conditions de réalisation spécifiant sous quelle réserve l’explication est opérante.

Par exemple, ce qui est possible à notre échelle ne l’est plus forcément à une échelle microscopique. En physique quantique, le principe d’incertitude d’Heisenberg traduit ainsi l’impossibilité physique de mesurer avec précision à la fois la vitesse et la position d’une particule : c’est l’un ou l’autre, mais pas les deux en même temps !

Dès lors, dans des circonstances qui vérifient les critères de réalisation d’une théorie, les choses se passent “comme si” la théorie était vraie. Ce qui est bien autre chose que d’affirmer directement que la théorie elle-même est vraie.

Vous aurez remarqué, ou pas, que nous nous sommes bien gardés de définir le concept de vérité. Vous aurez peut-être senti intuitivement que nous dissimulions derrière l’emploi du terme des notions de “lois de la Nature”, mais nul besoin de circonscrire l’étendue des significations du mot, puisque nous choisissons de ne pas y recourir. En substituant le “comme si / pas comme si” au “vrai/faux”, nous relâchons entièrement le concept de vérité absolue.

Mais alors, si nous admettons que la correspondance à des vérités absolues de la nature n’est pas le juge ultime de la validité des théories ou des modèles, comment évaluer leur pertinence ? Et pourquoi diable consacrer autant de ressources à tenter de mettre sur pied de telles illusions, certes convaincantes, mais néanmoins trompeuses ? Nous n’avons pas tous vocation à être magicien ; nous ne souhaitons pas forcément investir une énergie aussi folle à bluffer notre monde.

C’est la capacité d’une théorie ou d’un modèle à “fonctionner” qui importe, et nous permet in fine de trancher : si notre construction intellectuelle tient debout, et peut servir à expliquer ou prédire, qu’elle met à notre disposition de nouveaux outils pour développer notre compréhension du monde et agir sur lui d’une façon qui nous permette de satisfaire nos désirs, alors c’est bon pour nous, on prend.

Si cela nous arrange de voir l’atome comme un gros noyau de neutrons et de protons autour duquel gravitent des électrons, comme des planètes tournicotant autour d’un chaud soleil, hé bien soit, qu’il en soit ainsi, décrivons l’atome comme un petit système solaire. Ce n’est pas “vrai”, c’est-à-dire qu’on pourra faire beaucoup plus fin en utilisant des représentations probabilistes ; néanmoins, pour les applications les plus simples, ce sera amplement suffisant. Le cadre d’étude conditionne le niveau de précision et de raffinement du modèle à utiliser.

Tournicoti, tournicotons

Les avancées scientifiques les plus décisives ont d’ailleurs été permises par la prise en compte d’hypothèses totalement déroutantes au premier abord (bien qu’elles puissent nous paraître tout à fait “naturelles” aujourd’hui), mais dont l’usage aura démontré la valeur. Par exemple, les “nombres complexes”, ça vous dit quelque chose ? Leur définition fait intervenir un nombre un peu particulier, généralement noté i, dont on pose que le carré est égal à -1. Ce nombre est dit “imaginaire pur” car son carré est un nombre négatif, alors que n’importe quel nombre entier (1; 2; 3…) ou décimal (comme pi = 3,1415…), qu’il soit positif ou négatif, aura toujours un carré positif.

Exercice amusant pour vous en convaincre : calculez le carré de tous les nombres entiers de 1 à l’infini. Vous avez le droit de vous arrêter au premier nombre négatif obtenu (faites mieux que Chuck Norris).

b) Bear with me : ne partez pas tout de suite !

Qu’est-ce que ça veut dire, un nombre dont le carré est négatif ? Qu’est-ce que c’est que cette histoire ? C’est objectivement incompréhensible. Oui, mais… Please bear with me a minute! Indépendamment du léger malaise qu’il provoque en nous, supposons que ce nombre existe, et procédons à des calculs qui le fassent intervenir – en transposant un peu nos règles de calcul au passage, pour permettre une intégration réussie dans notre société de ce drôle d’immigré (imaginaire).

Comme par magie, l’irruption de cet intrus nous ouvre les portes d’un monde ignoré jusqu’alors, nous dévoilant des horizons inconnus : enrichissant notre culture, il nous permet de résoudre de manière satisfaisante des équations qui ne trouvaient pas de solution (et nous ainsi offre de comprendre le fonctionnement des ondes, par exemple). Tel un éboueur accomplissant une mission salubre pendant que d’honnêtes travailleurs dorment du sommeil du juste, tel la femme de ménage nettoyant de ses doigts de fée le bureau de l’employé consciencieux après qu’il a terminé sa dure journée de labeur, l’invisible bohémien apparaît et disparaît aussi vite qu’il est venu, ne se matérialisant que pour remplir son office avec application, servant d’intermédiaire pour résoudre des problèmes délicats avant de se retourner dans le néant. L’indésirable, le romanichel, cet indésirable qui venait manger le pain des nombres entiers, voici qu’il se révèle source de progrès ! C’est magique, c’est mathémagique.


Etrangers, viendez faire ce qu’on ne veut plus faire

Ce que dit la science, quand elle prend le risque de proposer une théorie ou un modèle, c’est ça : please bear with me a minute. Ce qui ne veut pas dire “s’il vous plaît ours avec moi une minute”, mais plutôt une sorte de :

“Restez en ligne ; vous allez voir ce que vous allez voir ! Vous n’avez peut-être pas saisi où nous voulons en venir, et il n’est pas sûr que nous le sachions nous-mêmes, mais accompagnez-nous encore un peu, et vous découvrirez vite que vous aussi avez beaucoup à retirer de nos élucubrations supposément mystificatrices.”

Au lieu de vous arrêter au caractère véridique ou non des explications apportées (même ici, sur ce blog), demandez-vous donc ce qu’elles vous apportent. Si considérer la lumière comme un ensemble de particules appelées photons vous aide, hé bien soit, que la lumière soit photons. Si voir la lumière comme une onde vous arrange, qu’elle soit onde, alors. La vérité, si vérité il y a (et si cela vous intéresse tant que cela de savoir de quel côté elle se situe), est quelque part entre les deux, ou disons un mélange des deux, ou bien par-delà les deux. Ouvrez votre conscience pour embrasser des conceptions de moins en moins spontanément “intuitives” ou “naturelles”.

De fait, il faut se garder de rejeter à jamais les aberrations, les résultats extravagants, les propositions saugrenues constituant l’objectif avoué des démonstrations par l’absurde… Les changements de paradigme marquant les révolutions scientifiques tendent justement à naître de la prise en compte de telles absurdités. Genre :

– Non mais attends, le moustachu, tu te crois où, là, avec ta tignasse hirsute ? Si la célérité de la lumière est la même pour tous les observateurs, quelle que soit leur vitesse relative, en poussant les équations à l’extrême, on en arrive à l’idée stupide que temps et espace ne sont pas uniformes. C’est ridicule ! Suivant notre vitesse de déplacement, espace et temps se dilateraient ou se contracteraient !

– Hé bien… Oui. Précisément. Bienvenue dans la théorie de la relativité.

Yo !

Imaginez, imaginez, il en restera bien quelque chose.

3. Top modèles

Si la science ne prétend pas à la vérité, autant que les chercheurs multiplient les modèles : on jugera les théories sur pièce, on verra bien suivant les cas ce qui marche ou ce qui ne marche pas, ce qui nous est utile ou non. Comme avec les croyances, l’important est de ne pas se fermer de portes. L’écueil à éviter ici est de se sentir borné par la démarche et les outils que l’on maîtrise :

“To the man with a hammer, everything looks like a nail”

Quand on a un marteau, tout ressemble à un clou (et non pas un “ongle” !). Maxime célèbre prêtée à Abraham Maslow (en tout cas, lui se vante d’en être à l’origine), plus connu pour la définition de sa pyramide des besoins (quoi, encore une construction pyramidale ? Décidément, que d’Illuminati…). Ou parfois à Mark Twain, l’écrivain qui, avec Oscar Wilde, collectionne l’essentiel des citations que l’on ne sait pas attribuer, en anglais (pour ça, en France, on a Georges Clémenceau, Jean Cocteau, Sacha Guitry et les proverbes chinois !). Autre grand homme parfois cité comme auteur de la formule : Einstein, le mec qui aurait proféré les plus belles exagérations (« on n’utilise que 10 % de son cerveau », à en croire les pubs scientologues qui encombrent les boîtes aux lettres) ou cru à de sacrées théories (l’astrologie…).

Douces légendes urbaines, alors qu’il n’est nul besoin de tordre la biographie du fameux tireur de langue pour retenir l’un des plus utiles enseignements : la fermeture d’esprit peut coûter cher. Albert était guidé dans ses recherches par la vision somme toute romantique d’un Univers parfait, stable et d’une beauté infinie. Or, si cette représentation lui a permis de proposer des théories majeures, elle s’est aussi révélée cause d’erreurs et de limitations. Non content d’avoir postulé l’existence d’une constante cosmologique pour “immobiliser” l’univers peu de temps avant que l’on découvre finalement qu’il est en expansion, Einstein manque le virage pris par la mécanique quantique lorsqu’elle réintroduit le hasard dans la nature. Derrière son refus d’accepter que Dieu puisse “jouer aux dés”, on ressent la tendance à voir dans la science une représentation de la réalité du monde, alors que la seule question à se poser est bien : est-ce que ça marche ?

Avec un maillet pareil, on est tenté de frapper d'abord, et parler ensuite (yo, spéciale kassdédi de Loki à un ami à lui !)

Peu importe finalement la paternité de la maxime au marteau : elle exprime l’idée qu’il ne faut pas être limité par une tendance à appliquer tout le temps les mêmes théories et modèles pour tout expliquer. Croire que les outils qu’on a mis du temps à façonner et polir peuvent êtres soumis aux pires contorsions pour s’appliquer à tous les domaines de l’existence, c’est de la paresse ; croire qu’ils sauront tout décrire, simplement parce qu’on n’en connaît pas d’autres, et que l’on se refuse à investir dans de nouveaux instruments, c’est de la vanité…

C’est probablement ce qu’essayait de nous dire Cloclo, lui-même fameux bricoleur du dimanche (hum hum…), dans l’une de ses chansons les plus mémorables.

“Si j’avais un marteau
Je cognerais le jour
Je cognerais la nuit
J’y mettrais tout mon cœur”

Claude François, paroles de la chanson “Si j’avais un marteau”

Il est louable de chercher à exploiter une théorie jusqu’au bout, d’épuiser toutes les ressources et les capacités d’un modèle, mais cela ne peut se faire au détriment de l’ouverture et de la vivacité d’esprit. Il ne faut pas laisser notre déformation professionnelle nous fermer l’accès à des états du monde, en nous cantonnant à ce que l’on connaît le mieux. Voyez le cas de ces psychanalystes qui analysent toutes les interactions humaines en termes d’insconscient, de complexe d’Œdipe et de refoulement, ou ces économistes qui voient des marchés partout… Pas de complaisance ! Activez vos mécanismes de pensée latérale, et produisez les idées déroutantes dont germeront les théories de demain !

"To the fan of Hammer films, every movie looks like horror"

Conclusion

  • Concevoir la science comme un moyen de décrire la vérité du monde est source de conflits, de frustrations et d’échecs
  • Pour rendre compte de leur travail, les chercheurs devraient populariser la notion de “comme si / pas comme si” plutôt que le “vrai / faux” auquel croient aveuglément les gens : la science ne produit pas du vrai, elle indique que, dans une certaine mesure, les phénomènes fonctionnent “comme si” ses théories et modèles étaient vrais
  • Dire qu’une théorie est vraie jusqu’à ce qu’elle soit prouvée fausse, comme on l’entend parfois, est donc source de confusion : autant dire de cette idée qu’elle marche dans un certain cadre, qui peut-être reste à déterminer précisément (c’est-à-dire que l’on n’a pas encore déterminé les limites du modèle, mais que l’on pressent bien qu’il y en aura)
  • La démarche scientifique implique donc de s’engager dans des voies hasardeuses, en développant des idées plus ou moins déroutantes jusqu’à en épuiser les potentialités, quitte à n’aboutir qu’à des absurdités (les chercheurs répéteront en cours de route : please bear with me a minute!)
  • Une fois une théorie sur pied, une fois maîtrisés des outils d’analyse, on peut être tenté de les appliquer sans discernement, pour essayer d’expliquer le maximum de phénomènes ; prenons garde aux dérives de la déformation professionnelle, essayons toujours de multiplier les angles d’attaque et les points de vue pour ne pas être limités par les approches qui nous sont familières

Auteurs : et

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2 réactions à l'article « “Comme si” comme ça »

  1. David a écrit :

    Je me permettrai de révéler ce qu’il me semble être une source de contradiction dans ce billet sur la science. Le billet est signé de Lord Tesla. Pourtant, il semble que ce soit bien l’idéologie d’Hannibal qui dicte les idées.

    Les auteurs font un excellent travail d’expliquer la science comme un outil. C’est la science au service des ingénieurs en quelque sorte – puisque la seule chose qui importe est de savoir si les théories/modèles scientifiques peuvent ou non être utilisés à des fins pratiques.

    Les auteurs nous donne comme définition de la science, au sens large, “démarche et/ou ensemble d’outils pour tenter d’appréhender le fonctionnement du monde ET nous donner les moyens d’agir sur notre environnement à notre profit, en contrôlant le niveau de ressources utilisé et les effets produits”. Je suis un peu surpris de cette définition qui lie par un simple “et” deux motifs bien distincts que l’auteur s’évertue par la suite à distinguer pour jeter l’un à la poubelle et mettre l’autre sur un pied d’estale.

    La science du comme-ci et du bear-with-me-a-minute ne pourrait-elle pas être redéfinie comme “démarche et/ou ensemble d’outils pour tenter d’appréhender le fonctionnement POUR nous donner les moyens d’agir sur notre environnement à notre profit, …”

    Car c’est clairement la thèse de l’auteur, et ce billet montre très clairement la façon d’aborder la science et ses différents modèles pour que celles-ci servent au mieux l’ingénieur.

    Par contre, ce que ne fait pas ce blog, qui implicitement critique les autres approches de la science, c’est pourquoi les autres approches ne sont pas à considérer ou digne de poursuite. La première des conclusions faite est “Concevoir la science comme un moyen de décrire la vérité du monde est source de conflits, de frustrations et d’échec” (que d’expressions négatives!). Voilà une vision bien noire, qui est une critique soutenue de toute autre approche que la science pour l’ingénieur tel que défendu par les auteurs puisque par opposition les “les chercheurs DEVRAIENT [plutôt]…”. Par ailleurs, conclusion non soutenu dans le texte plus haut.

    Et pourtant: si on veut être “fair and balanced” (jingle de Fox News), à l’image de Mario, l’image brossée est-elle complète? Très simplement, concevoir la science comme un moyen de décrire la vérité du monde n’est-elle pas source de fascination, de passions, de rencontres, de débats, de philosophie, de Weltanschuung, de révélation, et d’actions… aussi? Si on part du principe d’Hannibal que ce qui ne sert pas un objectif tangible prédéfini ne sert à rien du tout, que dire des 3 ou 4 derniers billets de ce blog?

    Illuminati, Kubrick, la lune, WTC? Ne sont-ce pas là des source de conflits, de frustrations et d’échecs, qui plus est qui ne change pas grande chose à la vie pratique des uns ou des autres qui se font une idée d’un côté ou de l’autre du débat… Ne pourrait-on pas utiliser exactement la même logique pour considérer ces débats comme stériles et dénués d’intérêt? Ne pourrait-on pas conclure, comme le fait implicitement ce billet sur la science, que l’on “devrait” se concentrer sur les modèles qui nous permettent de. Et pourtant, il se dégage comme une fascination sur les sujets précédemment évoqués.

    Pourquoi cette fascination? Pourquoi la fascination pour la science comme quête de vérité sur notre monde? Pour reprendre le modèle ESKI, sur la science comme quête de vérité, sur les théories du complot, pour ce qui est du E et du I: “what’s the point?”.

    Je pense pour ma part qu’il y a un enjeu et un intérêt qui s’exprime autrement que par la demande immédiate d’Hannibal (ou la demande des marchés pour s’adapter aux marteaux des marketeurs). Et pour répondre à la réponse immédiate d’Hannibal, il y a un intérêt qui peut se traduire aussi dans nos vies très réels, puisque traduit dans notre perception avec laquelle nous abordons toute chose. Les auteurs en parlent eux-même dans “leur démarche”

  2. Luxum a écrit :

    “La science a-t-elle promis le bonheur ? Je ne le crois pas. Elle a promis la vérité, et la question est de savoir si l’on fera jamais du bonheur avec de la vérité.”

    Émile Zola