31 déc 2011

2011, l’Odyssée de l’espèce de Lubrick

Publié à 23h59 par , , et sous Economie et politique, Histoires, images et symboles, Scepticisme et zététique

Comme à chaque fin d’année, il est temps de faire les comptes. Quels faits marquants resteront associés à 2011 ? Que retiendrons-nous des 12 derniers mois ? Pour nous, le Nouvel An aura sonné le glas de l’ « année des complots ».

1. Le crime parfait

Laissez-nous vous conter une petite histoire. Imaginez qu’un crime a été commis. Un homicide, par exemple. Disons dans un manoir qui accueillerait de nombreux invités. Si vous voulez, un assassinat perpétré dans la bibliothèque, avec le chandelier !

Un meurtre terrible vient d’ensanglanter le manoir, réputé pour ses fêtes grandioses. Les nombreux invités, tout à fait respectables, tous de bonne famille, sont positivement choqués. Car enfin, tout le monde connaissait le défunt. Un personnage convenable, conforme aux attentes de la bonne société, honnête juste comme il faut. On ne soupçonnait personne de nourrir de rancœur particulière à son égard. Bien sûr, tout le monde le jalousait un peu – il avait tellement de succès en affaire ! -, mais pas au point de souhaiter sa mort.

« Si le malheur est tombé sur lui, sans doute peut-il s’abattre sur n’importe lequel d’entre nous », s’inquiètent les invités. Et comment l’un d’entre eux pourrait-il être responsable d’un acte aussi ignoble ? Il faut se rendre à l’évidence : le loup est entré dans la bergerie. Mais où se trouve-t-il ?

Le gendarme arrive, avec son gros bâton. Il interroge les invités l’un après l’autre. Chacun explique en détail comment, à ses yeux, il n’a rien à se reprocher. Le gendarme les écoute patiemment, tout en lissant le poil de sa moustache. L’œil en coin, il a l’air sournois de ceux qui savent déjà. Mais c’est peut-être sa manière de déstabiliser les suspects lors des interrogatoires, qui sait.

Si ça c'est pas de l'élite illuminati ! La Femme écarlate est dans le coup, c'est sûr...

Après avoir entendu chacun des convives, et conduit une brève inspection de la vieille demeure, le gendarme annonce porter ses soupçons sur un rôdeur qu’on aurait vu errer dans la région. On accuse l’étranger d’une poignée de vols minables n’ayant même pas eu l’honneur d’entrefilets dans les journaux. Probablement doit-il vivre caché dans l’écurie, au milieu des bêtes. Entré dans la propriété à l’insu des occupants, il serait terré là, au milieu de la paille, à (sur)vivre de menus larcins accomplis au petit bonheur la chance. Jusqu’à ce jour maudit où il a été pris la main dans le pot de confiture par l’un des occupants, selon toute vraisemblance. La victime aura surpris le fugitif lors de l’une de ses rapines, tenté de s’interposer et, dans le feu de la découverte, l’irréparable a été commis.

Personne n’a vu ce maraudeur, bien entendu, « mais après tout, des vagabonds, il y en a partout, alors pourquoi pas jusque chez nous ? », se disent les invités. « Notre générosité nous pousse à ouvrir grand nos portes, toutefois nous ne pouvons recueillir tous les miséreux et les déshérités. Soit, nous retiendrons la leçon : à l’avenir, il nous faudra regarder d’un autre œil les étrangers, et faire plus attention aux indigents que nous laissons s’approcher de notre logis. Au moins, Dieu soit loué, le coupable n’est pas l’un d’entre nous ! »

D’ailleurs, ils n’ont même pas à s’en vouloir : l’espace d’un instant, ils ont pu croire que le problème tenait à leur opulence ostentatoire, et à leur refus de partager davantage leurs richesses avec les pauvres, mais ce ne peut être le cas, puisque les domestiques, les serviteurs et les gens de maison ne se plaignent pas, eux. Non non, si problème il y a, il est avec ce vagabond, ce chien errant, ce dépravé, ce détraqué.

Pour avancer dans son enquête, qu’il déclare, le gendarme va contrôler les entrées et les sorties du manoir. Tout occupant devra porter un badge qui l’identifie, indiquer la nature de ses activités heure par heure, et notifier le gendarme de ses déplacements hors de la maison. Ses conversations avec les autres hôtes pourront être écoutées.

Après des mois et des mois de cohabitation dans le manoir avec les invités, quand plus personne ne s’y attendait, le gendarme clame fièrement que le clochard a été découvert, et abattu sur-le-champ. Le coup de fusil fatal est parti par mégarde alors que le vagabond, mis à nu, tentait de fuir à la nage à travers le lac. Son corps doit reposer quelque part au milieu de la vase, à plusieurs mètres de profondeur sous les eaux sombres et fangeuses. Il n’y a plus rien à craindre : la menace est dissipée.

Les invités sont soulagés. Aucun d’eux n’aura jamais vu le meurtrier, au demeurant, mais jamais plus ils n’en entendront parler, et c’est bien tout ce qui compte. Ils décident de recommencer à festoyer le soir même.

(Note : confortablement installé dans une belle chambre du manoir, le gendarme est invité à la table des hôtes. Ils avouent se sentir plus en sécurité depuis que l’agent de l’ordre réside auprès d’eux ; d’un commun accord, ils décident que l’agent restera indéfiniment dans la place, sans modifier du reste les habitudes de contrôle imposées aux occupants. Mais ça, c’est une autre histoire.)

On vous raconterait ça, vous diriez sans doute que c’est un très mauvais scénario, malgré les efforts de style de la Plume. Que la trame est bien fine, et que ça ne tient pas la route : personne ne serait aveugle et benêt au point de croire aux racontars du gendarme ! Voyons, un ennemi que personne ne voit, qu’on accuse de tous les maux, et qui, une fois « neutralisé » par le tiers qui en a clamé l’existence, disparaît de l’imagination aussi vite qu’il y est apparu. Si ça ne cache pas une tentative des riches de se donner bonne conscience en se trouvant un bouc émissaire, ça y ressemble diablement – et l’hypocrisie bourgeoise, depuis Maupassant, on a déjà donné !

Pourtant, l’épisode relaté est grandement similaire à ce qu’on a voulu nous faire gober cette année : l’assassinat d’Oussama Ben Laden, ennemi public numéro un. L’homme qu’on n’aura jamais vu, mais dont on aura appris à avoir peur, avant d’apprendre avec soulagement la mort subite (sans qu’on nous en fournisse la preuve). Un peu comme le loup des forêts de nos histoires pour enfant. Nous sommes de grands enfants.

Entendons-nous bien : la question n’est pas de savoir si Ouss’ était derrière les évènements du 11 septembre 2001, si c’était un mec bien, s’il est véritablement mort, ou même s’il a jamais existé. Sans revenir aux douteux clips vidéos tournés dans les montagnes, tout ce que nous pouvons dire, c’est qu’au vu des éléments dont on dispose concernant le meurtre supposé, il nous est impossible d’affirmer que la victime en question soit bel et bien morte, et bel et bien responsable de ce dont on l’accuse. Tant qu’on ne nie pas cette mort, il n’y a pas « révisionnisme », et encore moins « théorie du complot », mais le constat est là : en l’état, l’affaire Oussama est largement indécidable.

(Notons au passage que l’argument du « mais même Al-Qaida a reconnu sa mort ! » est loin d’être suffisant : les terroristes ont pu simplement vouloir acter une mort bien antérieure – et depuis quand prend-on pour argent comptant ce qu’ils nous disent ? A supposer que le barbu se fût déjà éteint avant mai 2011, les forces américaines n’auraient fait que faciliter au terrorisme islamique la tâche de réorganisation !)

Si on ne peut rien dire en toute rigueur, il est tout à fait lamentable de se permettre de jouer autant avec nos émotions sur ce sujet. Déjà que l’assassinat ciblé en territoire étranger est hautement condamnable, sortir dans la rue en criant à la vengeance accomplie, ça fait pas du bien à nos valeurs soi-disant démocratiques…


Ah ben nous ne sommes pas les seuls à avoir fait le lien avec le Cluedo…

2011, année des complots. Nous avons ainsi eu droit aux polémiques sur la mort de Benny Laden, puis aux histoires de fesses de DSK le lubrique et sa Nafissatou « quand-même-elle-était-pas-jojo » Diallo. Là encore, on n’y voyait rien, on avait peu d’éléments concrets pour juger, mais on s’est vu abreuvés d’épisodes et de rebondissements à suivre comme dans une bonne série B : la cellule de Rikers Island, la prison dorée de New York, le témoignage télévisé exagérément scénographié, la « danse de la joie », et maintenant l’affaire de l’hôtel qui cartonne. Rien de très (Sin)clair dans toutes ces affaires : pour jeter une lumière (crue) sur ces histoires, et donner du sens à l’enchaînement inouï des péripéties, les théories du complot nous ont été d’un grand secours. Merci.

Dans un tout autre domaine, il est une théorie du complot qui n’a peut-être pas croisé votre route. Elle n’a pas fait les gros titres sur la Toile francophone, et c’est bien dommage, parce qu’elle aussi s’avère particulièrement culottée. En substance : non seulement c’est bien Stanley Kubrick qui aurait réalisé les images de l’alunissage d’Apollo 11, mais son film The Shining serait un message codé pour nous en informer.

2. On nous a fait marcher sur la lune

Rappel des faits : la mission Apollo 11 de la NASA est censée avoir permis l’alunissage de trois astronautes américains le 16 juillet 1969. Des images des premiers pas de l’homme sur la lune sont retransmises à des chaînes de télévision du monde entier, qui les diffusent en direct.

Neil Armstrong était même pas le premier, d'abord

Des doutes sont vite émis sur la nature de ces images, et la rumeur s’amplifie dans les années 70 : ont-elles été tournées sur la surface lunaire ou sur Terre, en studio ? Plus de 42 ans après la retransmission mondiale, nombre de travaux ont été consacrés à confirmer ou infirmer la validité de ce images (voir par exemple, en France, les recherches effectuées par un certain Philippe Lheureux – malheur à ceux qui auront tôt fait de le renommer « le bienheureux » !). Parmi les éléments qui sèment la suspicion (légendes urbaines incluses), en vrac :

  • sur le plan scientifique et technique : le franchissement de la ceinture de radiations de Van Allen, des empreintes de pied au sol trop profondes, alors que dans le même temps les traces du véhicule disparaissent, des problèmes d’exposition ou de reflets sur les photos…
  • sur le plan historique : les morts mystérieuses des programmes Apollo, l’incongru « Good luck, Mr. Gorsky! » prononcé par Neil Armstrong, la disparition de bandes vidéo de la mission Apollo 11…

C'est vrai qu'à bien scruter les photos, finalement...

Les théories alternatives prennent diverses formes. L’une des plus excitantes prétend que c’est Stanley Kubrick lui-même qui aurait tourné les images du faux alunissage. Il est avéré qu’il a collaboré avec la NASA pour la réalisation de son film 2001, l’Odyssée de l’espace, sorti en 1968 ; aurait-il dans la foulée rempli une mission pour ses conseillers d’outre-Atlantique, acceptant une offre qu’il ne pouvait pas refuser ?

Un film exploitera le filon conspirationniste pour ficeler une chouette fiction : Capricorn One, l’histoire d’une expédition sur Mars tournée en studio aux « Stazunis ». On prendra plaisir à voir ce long-métrage datant de 1978, qui a plutôt bien vieilli : bien qu’il se détourne vite du sujet du complot, pour tourner à la simple enquête avec poursuite dans le désert, il s’appuie sur des dialogues très finement ciselés – et l’acteur principal a des faux airs de George W. Bush (en plus jeune et plus intelligent) !

Capricorn One : les Hommes vont sur Mars, les Femmes restent sur Terre...

Plus récemment, le film Des Hommes d’influence, adaptation d’un livre de Larry Beinhart, illustrait comment les conseillers d’un président états-unien en mauvaise posture électorale pouvaient recourir aux services d’un producteur de films pour inventer une guerre en Albanie. Le producteur choisi se prénomme Stanley, et s’éteint finalement d’une mystérieuse crise cardiaque (deux ans après la sortie du long-métrage, Kubrick mourra lui-même d’une crise cardiaque à peine controversée).

Ces bobines ne me reviennent pas

La théorie d’un Kubrick produisant les images d’Apollo 11 a fait l’objet d’un « documenteur » de William Karel, Opération lune, diffusé par Arte en 2002, et qui avait alimenté de longs débats sur la Toile. Avec une posture déroutante, le film tournait en dérision la thèse complotiste, mais ne prouvait finalement pas grand-chose. Ceci dit, vu la masse des autres documents publiés sur le sujet, et le démontage en règle des arguments conspirationnistes, on peut se ranger à la version officielle sans trop craindre de se tromper.

Et puis un jour on tombe sur ça. Et on n’en ressort pas indemne.

N’hésitez pas à vous procurer ce documentaire, et le visionner dans son intégralité. Surtout la deuxième partie, qui ménage son lot de surprises tout à fait déstabilisantes…

Et bonne année.

[Mise à jour le 21 janvier 2012 : cet article se prolonge enfin dans Shining : le Da Kubrick Code]

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