20 Oct 2012

Le chien-chien à son Messmer

Publié à 7h12 par et sous Actualités, Mentalisme et hypnose, Sorties et divertissement

Vendredi 19 octobre, Messmer l’hypnotiseur présentait officiellement la grande première parisienne de son spectacle Intemporel. Nous y étions, et le “fascinateur” nous a bel et bien fascinés. Mais qu’y a-t-il à retirer de sa performance ?


Si vous habitez Paris, vous n’avez pu manquer d’apercevoir cette affiche, reproduite en quantité phénoménale dans les couloirs du métro. Outre son omniprésence sur les panneaux publicitaires (première étape du processus d’hypnose ?), le bonhomme a déjà réalisé quelques interventions remarquées dans des émissions à forte audience, depuis la rentrée. La promotion est donc remarquablement assurée et, au vu de la foule qui se pressait aux portes de Bobino en ce premier jour de représentation officielle à Paris, l’hypnotiseur québécois ne devrait pas avoir trop de mal à remplir ses salles. Il n’a donc pas du tout besoin que nous vous recommandions d’aller le voir se produire et, pourtant, l’expérience qu’il offre est si dérangeante que nous nous empressons de vous inviter à la connaître vous aussi !

Messmer, on peut pas l'éviter

Le “fascinateur” (auto-proclamé ?) pose tout d’abord l’image sur laquelle il veut jouer (cette boule en lévitation qui apparaît sur l’affiche évoque un pouvoir mystique, ou des connaissances ésotériques, dans la lignée de ces voyants dont vous savez que nous ne pensons pas le plus grand bien), puis assène quelques bribes d’un storytelling personnel assez douteux (comme chez Copperfield, il faudrait chercher du côté de Papy…). Loin d’être intime, l’atmosphère reste pourtant celle d’un show à l’américaine, avec ce que ça implique de loupiotes clignotantes, de gros son et d’assistants qui s’affairent plus ou moins discrètement à déplacer le mobilier en plastique.

Le spectacle peut commencer… Mais quel spectacle, exactement ? Ce qui nous a le plus dérangé, c’est que, fondamentalement, Messmer tire sa gloire de sa capacité à ridiculiser (ou disons “à faire se ridiculiser”) les spectateurs qui montent sur scène. Les plaçant dans des cadres qui les infantilisent ou les abrutissent. On rit d’eux. La question étant bien sûr : d’accord, mais s’agit-il de victimes consentantes ?

Car dès que l’on parle d’hypnose sans trop connaître le sujet, une interrogation s’impose : dans quelle mesure les personnes hypnotisées décident-elles volontairement de monter sur scène et de suivre les instructions du maître de cérémonie ? En début de spectacle, Messmer demandait à 15 volontaires de le rejoindre sous les projecteurs ; incroyablement, une cinquantaine de membres du public se précipitent pour participer, si bien que l’hypnotiseur est obligé d’arrêter le mouvement et de renvoyer chez eux les candidats à l’émigration – on observe rarement le même enthousiasme des spectateurs à se mettre en avant du côté des mentalistes 😉 !

Du coup, difficile de ne pas croire que tous ces gens sur lesquels “oh oui, regarde sa main, ça marche !” ne le veulent pas un peu. Nous, nous ne voulions pas vraiment, manifestement (ou alors, c’est peut-être à cause de l’accent québécois, ahaha !). Par ailleurs, Messmer n’est pas des plus tendres avec ses ouailles ; il les fait “sombrer” de manière parfois très sèche (et vas-y que je te tire sur le bras !), tant et si bien que, si ses victimes n’étaient pas un peu volontaires, on oserait presque comparer sa manière de se comporter à une forme de viol mental. Alors, est-ce à dire que nous observons la conjonction d’une fermeté manipulatrice et d’une certaine désinhibition (l’ “envie” de jouer avec l’hypnotiseur et de se libérer) ?

La seconde moitié du spectacle vient heureusement ébranler notre scepticisme. Elle met en lumière d’autres aspects de l’hypnose que la seule capacité à user de son imagination pour se projeter dans un environnement extraordinaire : perte de phobie et oubli de chiffre sont particulièrement impressionnants.

Au final, on rit beaucoup, on est impressionné un peu, et puis on se pose pas mal de questions : on n’est quand même pas très sûr de la nature du spectacle qu’on vient de voir : véritable plongée d’individus dans un état de transe ou simple représentation théâtrale (même sans “complices” préselectionnés) ?

Quoi qu’il en soit, on a bien aimé, et on se demande si ça vaut pas le coup d’y retourner 🙂

[Mise à jour le 17/12/12 : une intéressante critique est consacrée au spectacle de Messmer sur Street Hypnose, un site tout entier consacré à l’hypnose, et dont la louable approche de son créateur mérite tout à fait qu’on s’y attarde]

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3 réactions à l'article « Le chien-chien à son Messmer »

  1. Mel a écrit :

    Je faisais partie des sujets et etais effectivement très volontaire mais aucunement complice. un autre ami etait avec moi sur scene. effectivement nous voulions participer et c’est pour cela que ca marche!! et c’etait chouette 😀

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  2. Maître Lupin a écrit :

    @Mel Merci beaucoup pour votre témoignage. Contents que vous abondiez en notre sens !

    N’hésitez pas à nous donner plus de détails (on se sent comment, on “voit” quoi, quel est l’effet du “réveil”, etc. ???).

    D’ailleurs, j’en profite pour ajouter que nous allons bientôt nous intéresser davantage aux mécanismes de l’hypnose…

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  3. Jean-Emmanuel a écrit :

    Je suis l’auteur du site “Street Hypnose”, et je serai ravi de représenter une “facette” de ces mécanismes de l’hypnose. Parce que oui, il est évident que Messmer, et moi par exemple, ne vous présenteront pas du tout les même mécanismes, ou en tout cas pas de la même manière 😉
    Et même chose si les mécanismes que j’invoquais étaient comparés à ceux utilisés en hypnothérapie.

    Merci pour le petit lien au passage 😉

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